Maugis d’Aigremont : huit siècles de littérature, de légendes et d’enchantements
Des chansons de geste du XIIIe siècle aux romans, bandes dessinées, spectacles et veillées contées d’aujourd’hui.
Il est des personnages dont la renommée semble défier les siècles. Roland possède Roncevaux, Arthur sa Table ronde, Merlin ses prophéties et ses enchantements. D’autres connaissent une destinée plus discrète, sans que leur histoire soit nécessairement moins riche. C’est le cas de Maugis d’Aigremont, l’un des personnages les plus singuliers de la matière épique française, dont la mémoire a traversé près de huit siècles sans jamais disparaître véritablement.
Dans les Ardennes, son nom est intimement associé à celui des Quatre Fils Aymon. Cousin de Renaud de Montauban, enchanteur redoutable, compagnon du cheval Bayard et protégé de la fée Oriande, Maugis participe à cette grande épopée de la révolte contre Charlemagne qui a laissé tant de traces dans nos paysages et notre imaginaire.
Mais sa propre histoire demeure souvent méconnue. Car Maugis n’est pas seulement un personnage secondaire des aventures de Renaud : dès le Moyen Âge, les trouvères lui ont consacré une chanson autonome, racontant ses origines, son apprentissage et ses premiers exploits.
Ce récit a ensuite connu une histoire particulièrement étonnante. Recopié dans des manuscrits, adapté dans plusieurs langues européennes, transformé en prose, imprimé à répétition, étudié par les médiévistes, puis repris dans des bandes dessinées, des romans, des spectacles et des veillées contées, il n’a cessé de changer de forme.
Et si l’on retrouve régulièrement Bayard dans les représentations populaires de la légende, Maugis, lui, a survécu de manière plus discrète, parfois dans l’ombre du cheval qu’il avait pourtant contribué à conquérir.
Il me semblait intéressant de remonter ce long fil. Non pour établir un inventaire absolument définitif, ce qui serait une entreprise considérable, mais pour retrouver les principales étapes de cette transmission et rendre leur place à celles et ceux qui, depuis des siècles, font vivre notre enchanteur.
Le XIIIe siècle : comment Maugis devint Maugis
L’histoire commence dans la grande tradition des chansons de geste. Renaut de Montauban, généralement rattaché à la tradition épique constituée autour de la fin du XIIe siècle, raconte les aventures des quatre fils du duc Aymon, Renaud, Allard, Guichard et Richard, confrontés à la colère de Charlemagne. La révolte des chevaliers, leur fuite, leurs combats, leur fidélité fraternelle et leurs relations avec le souverain constituent la matière principale du récit.
Maugis y joue un rôle remarquable. Il est à la fois chevalier, enchanteur, stratège et maître des déguisements. Là où les quatre frères peuvent compter sur leur courage et sur la puissance merveilleuse de Bayard, Maugis dispose d’une autre forme de supériorité : il sait tromper les apparences, détourner les situations, manipuler ses adversaires et employer la magie quand la seule force ne suffit plus.
Il est d’ailleurs assez difficile de ne pas éprouver une certaine sympathie pour cet homme dont le talent consiste si souvent à mettre Charlemagne dans des colères mémorables.
Le succès du personnage entraîne, au début du XIIIe siècle, la composition d’une chanson entièrement consacrée à ses origines. Connue sous les titres de Maugis d’Aigremont, Le Romanz de Maugis ou Des enfances Maugis, elle compte 9 078 alexandrins répartis en laisses monorimes.
Sa datation, sa structure et sa tradition manuscrite sont documentées par les Archives de littérature du Moyen Âge (ARLIMA) et par le répertoire JONAS de l’Institut de recherche et d’histoire des textes [1].
Le titre Des enfances Maugis exprime parfaitement la nature du projet médiéval. Le public connaît les exploits de l’enchanteur, mais souhaite désormais savoir comment il a acquis ses talents. Le récit lui donne une naissance, une famille, un frère, un apprentissage et des aventures qui expliquent la puissance qu’il manifestera plus tard auprès des Quatre Fils Aymon.
La tradition fait de Maugis et de Vivien les fils de Beuves d’Aigremont. Séparés de leurs parents, les deux frères connaissent des destinées extraordinaires. Maugis est recueilli par Oriande, dans le merveilleux château de Rocheflor, près de Mongibel, en Sicile.
Il reçoit une éducation qui le conduira jusqu’à Tolède, lieu associé dans la littérature médiévale aux savoirs et aux arts magiques. Il conquiert notamment Bayard et l’épée Floberge avant de retrouver les siens.
Ce dernier détail est important. La magie de Maugis ne se réduit pas à un don mystérieux dont l’origine serait laissée dans l’ombre. Elle se construit à travers un apprentissage, des épreuves et des rencontres. La chanson raconte autant la formation d’un enchanteur que les aventures d’un jeune héros.
Plusieurs manuscrits nous ont conservé cette matière, notamment celui de Peterhouse à Cambridge, le manuscrit H 247 de Montpellier et le manuscrit français 766 de la Bibliothèque nationale de France.
Ce dernier est particulièrement intéressant, puisqu’il réunit successivement Maugis d’Aigremont, Renaut de Montauban et La Mort de Maugis. Nous sommes devant une organisation presque biographique de la matière : naissance du héros, aventures auprès de ses cousins, puis derniers épisodes de son existence [2].
Il faut encore ajouter Vivien de Monbranc, continuation du XIIIe siècle consacrée au frère de Maugis, ainsi que La Mort de Maugis, chanson distincte de 1 244 alexandrins. La tradition médiévale avait donc entrepris de donner à l’enchanteur une destinée complète, bien au-delà de son rôle d’auxiliaire des quatre frères [3].
Nous pourrions presque parler d’un cycle biographique avant la lettre. Il faut cependant conserver à ces textes leur nature propre : les chansons de geste n’ont ni les mêmes modes de composition, ni les mêmes conditions de circulation, ni le même rapport au public que les romans modernes.
Un enchanteur qui voyage : Maugis, Madelgijs, Malagis et Malagigi
La légende ne reste pas confinée à la langue française. Dès la fin du Moyen Âge, elle circule dans différentes régions d’Europe, où elle reçoit de nouveaux noms et de nouvelles formes.
Dans les anciens Pays-Bas, Maugis devient Madelgijs, puis Malegijs, dans une tradition attestée en vers et en prose. Une adaptation allemande connaît également le personnage sous le nom de Malagis. Ces textes ne constituent pas simplement des curiosités linguistiques. Ils montrent la capacité de la matière carolingienne française à circuler dans des espaces culturels différents et à être réappropriée par d’autres traditions littéraires [4].
L’Italie joue un rôle non moins intéressant dans cette diffusion. Maugis y devient Malagigi, enchanteur que l’on retrouve notamment dans l’Orlando innamorato de Matteo Maria Boiardo, à partir de 1483, puis dans l’univers de l’Orlando furioso de l’Arioste, publié pour la première fois en 1516.
Le personnage s’intègre alors à une matière chevaleresque profondément renouvelée. La tradition des paladins de Charlemagne s’y mêle aux intrigues amoureuses, aux aventures merveilleuses et aux métamorphoses propres à l’épopée italienne de la Renaissance. Malagigi conserve ses talents magiques, mais son existence se trouve insérée dans des constructions narratives différentes de celles de la chanson française.
Cette filiation a notamment été étudiée par Maurizio Mazzoni dans son article « Maugis e Malagigi : il mago-ladro dalla Chanson de geste ai poemi cavallereschi », publié en 2019 [5].
Il faut bien comprendre ce que représente cette circulation. Maugis n’est pas simplement un héros local dont le souvenir aurait survécu dans quelques villages des Ardennes. Au fil des siècles, il a participé à un imaginaire européen où les récits, les personnages et les motifs merveilleux franchissaient des frontières que leurs auteurs ne jugeaient manifestement pas aussi infranchissables que les pouvoirs politiques de leur temps.
Du parchemin au livre imprimé : la longue carrière de Maugis
À partir du XVIe siècle, la chanson en vers est adaptée en prose et diffusée par l’imprimerie. Cette transformation est fondamentale, car elle modifie les conditions mêmes de circulation de la légende. Le texte n’appartient plus seulement à la culture manuscrite et à l’héritage de la récitation épique. Il entre dans l’univers des livres imprimés, des ateliers typographiques et d’un public dont les pratiques de lecture ont évolué.
Les répertoires bibliographiques conservent la trace d’une succession impressionnante d’éditions. Une version réunissant les histoires de Guérin de Montglave et de Maugis paraît à Paris chez Michel Le Noir en 1518. D’autres éditions suivent en 1527, vers 1535, en 1538, 1551, 1579, vers 1580, 1584 et 1588, notamment à Paris, Lyon et Louvain [6].
Cette répétition ne doit pas être sous-estimée. Un récit que l’on imprime, réimprime et adapte durant plusieurs générations est un récit pour lequel existe un lectorat. Le goût pour les anciennes prouesses chevaleresques et pour les aventures merveilleuses ne disparaît pas brutalement avec la fin du Moyen Âge.
En 1668, une édition imprimée à Troyes chez Nicolas Oudot témoigne encore de la diffusion de cette histoire. Son titre développé annonce L’Histoire de Maugis d’Aygremont et de Vivian son frère. Il évoque ensuite l’intervention d’Oriande, l’île de Boucaut, le diable Rouart, le serpent gardien de la roche, la conquête de Bayard et celle du géant Sorgalant [7].
Il n’est pas nécessaire de parcourir tout le livre pour mesurer l’attrait que ses éditeurs cherchent à exercer. Le titre contient déjà un véritable programme d’aventures. Le merveilleux, les monstres, les enchantements et les exploits chevaleresques se succèdent comme autant de promesses faites au lecteur.
La version troyenne appartient à cette longue tradition des romans de chevalerie imprimés, dont certains trouveront une place dans les collections populaires. Maugis continue à vivre, même si la forme du récit n’a plus grand-chose à voir avec celle que pouvaient entendre les auditeurs d’une chanson du XIIIe siècle.
En 1778, la Bibliothèque universelle des romans publie encore un abrégé de l’Histoire de Maugis d’Aigremont et de Vivian son frère. Le texte est associé à d’autres récits de la matière des Quatre Fils Aymon, dont celui de Mabrian [8]. Nous sommes cette fois dans une entreprise de sélection et de présentation de l’ancien patrimoine romanesque à un lectorat nouveau.
À chaque époque, Maugis a donc été adapté aux conditions de lecture du moment. Le merveilleux médiéval n’avait pas disparu. Il changeait de vêtements, ce qui, pour un enchanteur expert en déguisements, ne manque pas d’une certaine cohérence.
Le XIXe siècle : Maugis entre dans l’histoire et dans la mémoire des Ardennes
L’histoire de Maugis connaît également une autre forme de transmission, plus diffuse mais particulièrement importante pour comprendre son enracinement territorial : celle des paysages, des traditions populaires et des récits recueillis par les historiens et les folkloristes.
Dans son Histoire de France, Jules Michelet évoque les Ardennes comme un territoire où les bois, les rochers et les cours d’eau conservent la mémoire de récits anciens. Parmi les lieux qu’il mentionne figure « la table de l’enchanteur Maugis », aux côtés des Dames de Meuse et des traces attribuées au cheval de Renaud [9].
Cette évocation est particulièrement intéressante. Michelet ne cherche pas ici à établir une biographie de l’enchanteur. Il constate que les récits chevaleresques ont fini par habiter le paysage lui-même. Les lieux semblent conserver la présence des personnages, et la géographie devient une sorte de mémoire de la littérature.
Il évoque également ces livres populaires de la Bibliothèque bleue qui circulaient encore dans les familles et se transmettaient d’une génération à l’autre. Les éditions anciennes ne relevaient donc pas exclusivement de la curiosité des bibliophiles. Elles avaient appartenu à une culture de lecture domestique et populaire dont le souvenir demeurait vivant.
Cette dimension patrimoniale sera ensuite largement explorée par les auteurs qui s’intéressent aux légendes ardennaises. Albert Meyrac, notamment, contribue à recueillir et à diffuser les traditions locales dans Traditions, coutumes, légendes et contes des Ardennes, puis dans La Forêt d’Ardenne. Son travail constitue l’une des références importantes pour comprendre la place des Quatre Fils Aymon, de Bayard et de Maugis dans les récits régionaux.
Au début du XXe siècle, Charles Gailly de Taurines propose à son tour une version romancée de l’histoire des Quatre Fils Aymon, publiée initialement en 1912 et reprise dans plusieurs éditions. L’ouvrage connaîtra notamment une édition illustrée par Paul Jarach en 1944. D’autres artistes, parmi lesquels Georges Delaw, participent également à la diffusion graphique de la matière ardennaise.
La tradition ne se limite d’ailleurs pas au récit en prose. Le poème Les Quatre Fils Aymon d’Henri Dacremont, publié dans la Revue d’Ardenne et d’Argonne, rappelle que la légende continue aussi à nourrir une production poétique régionale.
Ainsi, à côté des éditions anciennes et de la littérature savante, se développe une véritable culture patrimoniale. Maugis n’y est pas toujours le personnage principal, mais il demeure inséparable de Bayard, des quatre frères et des lieux auxquels leurs aventures sont attachées.
Les médiévistes retrouvent Maugis
La fin du XIXe siècle marque une étape nouvelle, avec la constitution de la philologie moderne et l’intérêt croissant pour les textes médiévaux dans leur langue et leurs formes anciennes.
Ferdinand Castets joue ici un rôle considérable. Dans ses Recherches sur les rapports des chansons de geste et de l’épopée chevaleresque italienne, publiées au cours des années 1880, il étudie la circulation de la matière épique et donne notamment accès à Vivien de Monbranc.
En 1892, il publie Maugis d’Aigremont dans la Revue des langues romanes, avant l’édition en volume de 1893, réalisée d’après les manuscrits de Peterhouse, de Paris et de Montpellier [1].
Il ne s’agit plus seulement de raconter l’histoire, mais de comprendre ses différentes versions, son organisation, sa langue et sa place dans le développement de l’épopée française.
Le travail se poursuit au XXe siècle. Philippe Vernay publie en 1980 une édition critique de Maugis d’Aigremont, dans la collection Romanica Helvetica. Marianne J. Ailes contribue également à l’étude des manuscrits et fait connaître, en 1998, deux fragments jusque-là non identifiés de la chanson.
D’autres chercheurs s’intéressent plus directement au personnage, à son rôle dans la tradition épique et à la nature de ses pouvoirs. Philippe Verelst occupe à cet égard une place particulièrement importante. Dès 1976, il publie « L’enchanteur d’épopée. Prolégomènes à une étude de Maugis », avant de revenir sur les savoirs magiques associés à Tolède et sur la personnalité de l’enchanteur. Ses recherches replacent Maugis dans les conceptions médiévales du savoir, de la magie et de la ruse, sans lui appliquer rétrospectivement les catégories de la fantasy contemporaine [10].
Le personnage a également retenu l’attention d’Anne Berthelot, de Danielle Quéruel, de Jacques E. Merceron, de Sarah Baudelle-Michels et d’autres spécialistes. Leurs travaux éclairent notamment les mondes féeriques, les réécritures de la matière carolingienne, les relations entre Bayard, Oriande et Maugis, ou encore les différentes représentations de la mort de l’enchanteur.
Il serait regrettable de réduire cette activité scientifique à quelques notes de bas de page. Sans l’édition des textes et les travaux critiques, une part importante de cette tradition serait demeurée difficilement accessible.
En 1995, Rémi Fournier-Lanzoni soutient un important travail de traduction et de commentaire consacré à la chanson. En 2014 paraît chez L’Harmattan, avec Jérôme Devard, Maugis d’Aigremont, chanson de geste suivie de La Mort de Maugis. Le lecteur contemporain dispose ainsi d’un accès renouvelé au récit médiéval, sans devoir nécessairement maîtriser l’ancien français [11].
La recherche savante et la création contemporaine peuvent paraître éloignées. Elles se rejoignent pourtant sur un point fondamental : permettre aux textes anciens de continuer à être lus, compris et réinterprétés.
L’Ardenne contemporaine : Maugis, patrimoine vivant
L’histoire de Maugis ne se limite heureusement pas aux bibliothèques universitaires. En Ardenne, elle demeure également une affaire de paysages, de mémoire locale, d’associations, de spectacles et de rencontres.
Roger Maudhuy a consacré plusieurs travaux aux sites et aux légendes des Quatre Fils Aymon, tandis que Gérard Baudoin a entrepris un important travail de recherche et de diffusion autour de la matière ardennaise. Ces démarches, auxquelles s’ajoutent celles de nombreux historiens et passionnés, permettent de comprendre comment les récits médiévaux se sont attachés à des lieux précis et ont été progressivement intégrés à l’identité du territoire.
Un exemple particulièrement intéressant est fourni par le numéro 75 de la Revue des Amis de l’Ardenne, publié en mars 2002 et entièrement consacré aux Quatre Fils Aymon. Son sommaire réunit notamment Gérard Baudoin, Philippe Verelst, Jean-Luc Duvivier de Fortemps, Francis Laux, Albert Moxhet, Marc Lamboray, Alexandre Chaidron et Yann Lovato. Verelst y signe un article dont le titre est à lui seul une invitation : « Mais qui est donc Maugis ? » [12].
Cette publication illustre parfaitement la diversité des regards portés sur la légende. Certains auteurs étudient les textes, d’autres leur implantation géographique, leurs représentations, leur symbolique ou leur place dans la culture populaire.
La revue Maugis, publiée par les Amis de l’Ardenne sous la direction de Jean-Pierre Lambot, participe aujourd’hui à cette continuité. Son existence montre que le nom de l’enchanteur conserve une fonction fédératrice dans la vie littéraire et intellectuelle régionale, même lorsque les sujets traités dépassent largement le personnage lui-même.
À Bogny-sur-Meuse, la platelle des Quatre Fils Aymon et le site de l’Hermitage occupent une place particulière. Selon la tradition locale, Maugis serait venu se retirer dans les rochers de l’Hermitage pour y vivre en pénitent. Ce paysage, qui domine un méandre de la Meuse, constitue l’un des principaux lieux associés au souvenir de l’enchanteur.
Le 10 juin 2023, un sentier des poètes y a été inauguré à l’initiative du centre socioculturel Aymon Lire, avec des panneaux réalisés par son atelier bois. Le site accueille également la sculpture Dardennor d’Éric Sléziak, qui domine la vallée et témoigne, à sa manière, de la richesse de l’imaginaire ardennais [13].
Il faut également rappeler le rôle du monument des Quatre Fils Aymon réalisé par Albert Poncin, dont la construction a débuté en 1932 et qui fut inauguré le 2 juillet 1950. Même si Maugis n’en est pas le sujet principal, cette œuvre participe à la monumentalisation de la légende et à son inscription durable dans le paysage de Bogny-sur-Meuse.
Quand les légendes retrouvent la parole
Il serait pourtant bien réducteur de considérer que la transmission de Maugis appartient exclusivement aux livres, aux manuscrits et aux travaux universitaires.
Dans les Ardennes, l’enchanteur continue également à vivre par la parole, les rencontres et les initiatives de celles et ceux qui entretiennent les légendes locales.
Cette transmission possède une histoire plus fragile que celle des publications imprimées, car une soirée contée ne laisse pas nécessairement de trace dans les catalogues des bibliothèques. Elle n’en demeure pas moins essentielle, puisqu’elle prolonge un mode de circulation qui appartenait déjà à la culture des chansons de geste.
La Compagnie légendaire des Quatre Fils Aymon
À Bogny-sur-Meuse, la Compagnie légendaire des Quatre Fils Aymon accomplit un travail régulier de valorisation des récits ardennais. L’association, créée en 2020, organise des balades contées, des promenades aux flambeaux et des animations sur les sites légendaires de la région, notamment la platelle des Quatre Fils Aymon, le Roc-la-Tour et les Dames de Meuse.
Les représentations s’adressent à des publics variés, des familles aux groupes scolaires, et se déroulent aussi bien en extérieur qu’en salle. Le paysage devient alors le décor naturel des histoires que l’on raconte, ce qui constitue, après tout, une manière assez heureuse de restituer à ces récits une partie de leur environnement d’origine.
Maugis possède une place particulière dans ces manifestations. Lors de la fête de Bayard organisée les 17 et 18 juin 2023, la Compagnie annonce deux contes : Le Trésor de Maugis, présenté le samedi soir, et La Conquête de Bayard, le dimanche.
L’événement comprend également des reconstitutions, des démonstrations de combat, des artisans et des animations destinées aux enfants. La Compagnie travaille alors en collaboration avec l’association Les P’tits d’Aymon [14].
Le personnage revient ensuite régulièrement dans la programmation. En août 2025, Le Trésor de Maugis est de nouveau présenté, accompagné d’une chasse au trésor. Le conte figurait encore au programme du 22 août 2026, lors d’une manifestation organisée sur la platelle.
Des balades contées étaient également programmées en 2026, notamment au printemps et durant l’été. La balade annoncée pour le 8 août proposait une narration de la légende en six tableaux.
Cette répétition des manifestations est particulièrement importante. Nous ne sommes pas devant une animation isolée, montée à l’occasion d’une fête médiévale, puis oubliée. Il existe ici une véritable pratique régulière de transmission des légendes.
Danièle Drouin Degrolard et les voix de Bogny-sur-Meuse
Parmi les personnes qui participent à cette transmission, Danièle Drouin Degrolard mérite une place particulière.
En 2022, le projet radiophonique Partons à la campagne ! lui consacre une intervention à Bogny-sur-Meuse. Elle y raconte les légendes des forêts bognysiennes, notamment celles des Quatre Fils Aymon et de Bayard [15].
Cette présence dans un reportage ne constitue évidemment qu’une trace parmi d’autres d’une activité de narration orale bien plus régulière. Elle rappelle surtout que les légendes ne sont pas uniquement transmises par les écrivains ou les institutions culturelles. Elles le sont également par des personnes qui les connaissent intimement, qui les racontent, les adaptent à leur auditoire et les font vivre au fil des rencontres.
Dans un autre registre, l’ouvrage Le Trésor de la table de Maugis l’enchanteur, publié en 2018, associe Gérard Baudoin, Danielle Drouin Degrolard et Claudie Tailleur. Ce petit livre illustré, répertorié par la Bibliothèque nationale de France, témoigne de la richesse des initiatives éditoriales locales [16].
Danièle Drouin Degrolard apparaît également dans le projet Forêts légendaires, avec une exposition photographique intitulée Légendes et esprits de la Forêt d’Ardenne, présentée à Rimogne en septembre 2021. Ses photographies explorent les paysages, les rochers, les forêts et les atmosphères qui nourrissent depuis longtemps l’imaginaire ardennais [17].
Ces activités relèvent de démarches complémentaires. Les unes transmettent directement des récits, les autres donnent à voir les lieux et les paysages qui les ont inspirés. Elles participent toutes à la préservation d’une mémoire culturelle dont les traces demeurent parfois dispersées.
Les Secrets de Maugis : de la chanson au spectacle
Une initiative particulièrement remarquable est organisée le 16 avril 2022 à la salle Jacques-Brel de Monthermé : Les Secrets de Maugis, conte musical théâtralisé né d’une collaboration entre la Bretagne et l’Ardenne.
Le spectacle réunit le conteur Bran’Ruz, Romain Daugny, Olivier Rime, Candice Rime et Jean Magne. Il est réalisé avec la participation de l’Office de l’Imaginaire Ardennais, dans le cadre du projet Forêts légendaires, qui rapproche notamment les patrimoines imaginaires de Brocéliande et de l’Ardenne [18].
La démarche est particulièrement intéressante, puisqu’elle ne se contente pas d’évoquer Maugis dans une succession de contes régionaux. Le spectacle entreprend de raconter son histoire, depuis son apprentissage auprès d’Oriande jusqu’à sa retraite, en passant par Charlemagne, Bayard et les Quatre Fils Aymon.
Il s’agit donc d’une véritable adaptation scénique de la destinée de l’enchanteur, associant récit, musique et jeu théâtral.
Le spectacle est ensuite accueilli en Vendée, en mai 2023, lors du festival Juste éclos. Maugis voyage ainsi une nouvelle fois, après avoir quitté l’Ardenne médiévale pour les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie quelques siècles auparavant.
Le projet Forêts légendaires donne également lieu à d’autres manifestations, parmi lesquelles des balades à la découverte des nutons avec Céline Ménoncin, une conférence consacrée au cheval Bayard donnée par Laurine Godart et des spectacles mêlant musique, contes et théâtre d’ombres.
Ce rapprochement entre la Bretagne et l’Ardenne mérite d’être souligné. Les deux territoires possèdent des traditions légendaires particulièrement riches, parfois comparées, souvent rapprochées, mais dont les expressions populaires et littéraires conservent leurs spécificités.
Maugis pour les enfants : Céline Ménoncin et les nouveaux contes ardennais
La littérature jeunesse constitue elle aussi un prolongement important de cette transmission.
Céline Ménoncin, autrice ardennaise, développe depuis plusieurs années un univers inspiré du petit peuple des forêts. Son personnage d’Oligo, un nuton ardennais, permet notamment aux jeunes lecteurs de découvrir les créatures et les traditions merveilleuses du territoire.
Dans Oligo et le labyrinthe des fées, publié en 2019 avec les illustrations d’Adeline Vachez, Maugis apparaît comme le professeur de magie du jeune nuton. L’enchanteur rejoint ainsi un univers destiné aux enfants, où ses connaissances magiques participent à de nouvelles aventures [19].
Plus directement encore, le 25 janvier 2025, lors des Nuits de la lecture, Céline Ménoncin anime à la médiathèque Georges-Delaw de Sedan une veillée consacrée à la naissance de Maugis.
L’annonce du ministère de la Culture précise que l’autrice y raconte la légende du jeune enchanteur, célèbre pour s’être joué de Charlemagne. La séance est suivie d’une rencontre et de dédicaces [20].
Il est assez réjouissant de constater qu’au XXIe siècle, on peut encore réunir un public autour de cette question déjà posée par les trouvères du XIIIe siècle : comment Maugis est-il devenu enchanteur ?
Le récit retrouve ici quelque chose de sa vocation ancienne, celle d’une histoire destinée à être racontée et entendue.
Les Quatre Fils Aymon sur scène, en images et en musique
L’enchanteur survit également à travers les adaptations plus générales de la matière des Quatre Fils Aymon.
Dans les arts de la scène, cette tradition connaît une fortune ancienne, notamment dans le théâtre populaire et les spectacles de marionnettes.
À Bruxelles, le Théâtre royal de Toone perpétue une adaptation des Quatre Fils Aymon dans laquelle Maugis intervient auprès des quatre frères. Cette tradition se rattache notamment aux réécritures réalisées par Toone VII, nourries par les adaptations du dramaturge Herman Closson. Les versions scéniques développent leur propre langage, souvent empreint d’humour et de culture populaire bruxelloise.
La légende conserve par ailleurs une importante présence dans les cortèges et les traditions festives belges, notamment autour du cheval Bayard à Dinant et à Termonde. Maugis n’y occupe pas toujours le devant de la scène, mais il demeure associé au cheval merveilleux et aux chevaliers qu’il protège.
Les arts graphiques ont, eux aussi, contribué à cette transmission. En 1946 et 1947, Jacques Laudy propose une adaptation des Quatre Fils Aymon dans le journal Tintin. D’autres albums illustrés et réécritures destinées à la jeunesse paraissent au fil du XXe siècle, perpétuant la représentation de Maugis parmi les personnages essentiels de la geste.
Cette activité se poursuit avec Jean-Luc Duvivier de Fortemps, qui publie notamment Les Quatre Fils Aymon en 1991, puis Le Cheval et l’Épée ou Les Quatre Fils Aymon en 2010, avec des illustrations d’Hervé Gourdet [21].
L’album de 2010 restitue les combats, les voyages et les aventures des quatre frères en accordant leur place au cheval Bayard, à l’épée Floberge et à l’enchanteur. Ce travail s’inscrit dans une production plus vaste, où l’on retrouve également des adaptations illustrées de la légende, notamment celle de Mireille Griselhouber et Diego Silvente, publiée en 2007.
La diversité de ces réalisations montre combien la matière des Quatre Fils Aymon se prête aux transpositions. Le passage de la chanson médiévale à la bande dessinée, au théâtre ou à la littérature jeunesse suppose nécessairement des choix, des simplifications et parfois des réinterprétations profondes. Le personnage de Maugis y conserve néanmoins son rôle de médiateur entre l’héroïsme chevaleresque et le merveilleux.
Hervé Gourdet : une série graphique autour de la légende
L’œuvre d’Hervé Gourdet mérite une attention particulière, tant par son ampleur que par son enracinement dans l’imaginaire ardennais.
Illustrateur, auteur et acteur de la valorisation du patrimoine légendaire, il est notamment à l’origine du festival Le Printemps des Légendes, créé à Monthermé en 2009, ainsi que de plusieurs initiatives consacrées à la féerie et aux traditions régionales.
Son travail ne se limite pas à une adaptation isolée de Maugis. Il développe une série graphique consacrée à la légende des Quatre Fils Aymon, structurée autour de quatre albums : Maugis, la naissance de l’enchanteur, paru en 2016 puis repris en 2017 sous le titre Maugis, la légende de l’enchanteur ; Charlemagne et les Seigneurs d’Ardenne (2018) ; Renaud, le prince déchu (2020) ; et Bayard, la chevauchée entre les mondes (2022) [22].
Cette construction est importante, parce qu’elle replace Maugis dans un ensemble narratif plus vaste tout en lui accordant, dès le premier album, une place centrale.
Le volume consacré à sa naissance reprend notamment la tradition des Enfances Maugis. Le jeune enchanteur et son frère Vivien sont séparés de leurs parents ; Maugis est recueilli par Oriande, puis formé aux arts magiques. L’intrigue reprend les principales étapes de la tradition médiévale en les adaptant au récit graphique.
Il faut également rappeler que le travail d’Hervé Gourdet dépasse cette série. Avec Maryline Maillet et Jean-Marie Lecomte, il participe à l’ouvrage Ardennes, contes et légendes d’après Albert Meyrac. Il publie également, avec Olivier Rime, un Petit guide de féerie en Ardenne.
Ses activités de création, d’illustration, d’édition et d’animation culturelle s’inscrivent dans une même volonté de faire connaître les traditions du territoire. Elles montrent que la valorisation du patrimoine légendaire peut prendre des formes multiples et complémentaires, du livre à la manifestation publique.
Pierre Efratas : Maugis entre dans le roman contemporain
En 2019, Pierre Efratas publie Les Chroniques de Maugis aux éditions Noir d’Absinthe, dans la collection Memoria.
Le roman revient sur la matière légendaire et ses personnages, en accordant une place centrale à l’enchanteur, à Bayard et au conflit avec Charles. Le récit s’ouvre en 776, dans une Ardenne où Maugis possède déjà sa réputation de magicien.
La démarche est différente de celle des adaptations qui reprennent directement les enfances médiévales. Il s’agit d’une nouvelle construction romanesque à partir des personnages et des motifs de la geste.
En 2023 paraît également, sous le nom de Pierre Efratas, un ouvrage intitulé Bayard le cheval-fée. Sa présentation et ses caractéristiques éditoriales correspondent étroitement à celles des Chroniques de Maugis. Il semble s’agir d’une nouvelle édition ou d’un remaniement sous un autre titre, sans que la comparaison intégrale des textes ait encore permis de le confirmer définitivement [23].
Cette publication illustre un phénomène particulièrement intéressant : la matière carolingienne, longtemps associée au récit épique traditionnel, peut être reprise dans les formes du roman contemporain et donner naissance à des œuvres qui ne cherchent pas nécessairement à reproduire fidèlement leurs sources médiévales.
Dans un registre différent, il faut également signaler le roman Maugis de Christopher Gérard, paru en 2005 et réédité en 2020. Le livre ne raconte pas la vie de l’enchanteur médiéval, mais celle de François d’Aygremont, personnage du XXe siècle qui adopte le nom de Maugis dans un parcours initiatique et spirituel. Il relève donc davantage de la réappropriation symbolique du nom et de l’imaginaire que d’une adaptation directe de la chanson de geste [24].
L’intérêt romanesque du personnage ne s’arrête pas à la littérature francophone. L’écrivain américain Joseph Finley reprend Maugis dans un univers de fantasy historique, notamment avec The Fae Dealings, publié en 2020, puis dans d’autres récits comme Hela’s Bane, The Sorceress of Avalon et Merlin Reborn.
Son enchanteur évolue dans un monde où les traditions carolingiennes croisent la féerie et plusieurs motifs du cycle arthurien. Cette appropriation témoigne de la capacité du personnage à nourrir des imaginaires qui dépassent largement son contexte médiéval français [25].
Yann Lovato : l’épopée retrouvée par l’image
Le travail de Yann Lovato constitue une autre démarche particulièrement importante.
Cet artiste ardennais, profondément attaché à la matière des Quatre Fils Aymon, publie en novembre 2022 Les Quatre Fils Aymon. La chanson de geste, aux éditions Noires Terres.
L’ouvrage prend notamment appui sur le manuscrit dit La Vallière et cherche à restituer graphiquement la puissance visuelle de l’épopée. Les personnages, les vêtements, les armes et les décors font l’objet d’une attention documentaire particulière.
Le livre bénéficie d’une préface de Jean-Claude Drouot, ainsi que de contributions de Philippe Verelst et de Gérard Baudoin. Cette association entre création artistique et connaissance scientifique est l’une des caractéristiques les plus intéressantes de l’entreprise [26].
Dès mai 2021, La Semaine des Ardennes annonçait qu’un second album serait consacré à Maugis d’Aigremont et à La Mort de Maugis. Il ne s’agissait donc pas simplement de reprendre le personnage dans une adaptation des Quatre Fils Aymon, mais de prolonger le travail graphique par un volume consacré à sa propre destinée.
Un hommage universitaire à Philippe Verelst, publié dans le Bulletin bibliographique de la Société Rencesvals, confirme cette orientation. On y apprend que le médiéviste avait accompagné Yann Lovato dans son travail sur les Quatre Fils Aymon et envisageait de participer à ce nouveau volume consacré à Maugis [27].
Cette collaboration est particulièrement intéressante. Elle réunit deux démarches qui peuvent sembler éloignées, mais qui se complètent remarquablement : le souci de l’exactitude philologique et historique, d’une part, et la restitution sensible de l’épopée par l’image, d’autre part.
En 2026, une exposition organisée à la Maison du patrimoine médiéval mosan, à Bouvignes-sur-Meuse, a présenté les planches originales de Yann Lovato consacrées aux Quatre Fils Aymon. Le travail de l’artiste bénéficie ainsi d’une reconnaissance qui dépasse le cadre ardennais.
À la date de rédaction de cet article, aucune notice bibliographique consultée ne permet encore d’attester la publication du volume annoncé sur Maugis d’Aigremont et La Mort de Maugis. Le projet est en revanche solidement documenté, et plusieurs illustrations réalisées par Yann Lovato représentent déjà Maugis, Oriande, Bayard ou Espiet.
Il sera particulièrement intéressant de suivre l’évolution de cette entreprise, qui pourrait permettre de rendre accessibles de nouveaux pans de la matière médiévale à un public de lecteurs et d’amateurs de bande dessinée.
Et forcément, Maugis finit par revenir chez lui
C’est au milieu de cette longue histoire de transmission que j’ai entrepris, à mon tour, d’écrire Le Cycle de Maugis.
Je ne connaissais pas encore toute l’ampleur de la bibliographie lorsque Froidmont a commencé à prendre forme. À l’origine, il ne s’agissait même pas de bâtir une vaste saga. J’avais écrit un conte à l’occasion d’un concours, avec un enfant et un oiseau un peu trop bavard.
Puis les légendes de l’Ardenne se sont invitées dans cette histoire, la chanson de geste s’est imposée, et l’idée de raconter les origines de Maugis a progressivement pris une place considérable.
Le récit est devenu une saga de fantasy historique, composée aujourd’hui de Froidmont, Les Enfants de l’Obsidienne et Les Chaînes d’Argent, avec une suite en préparation.
Ma démarche consiste à replacer cette matière médiévale dans un monde historiquement situé à la fin du VIIIe siècle, particulièrement en 799, avant le couronnement impérial de Charlemagne. L’Ardenne y occupe une place centrale, non simplement comme décor, mais comme territoire de mémoire, de croyances et de puissances anciennes.
J’ai également choisi d’aborder Maugis par une question qui me paraît essentielle : comment devient-on celui que les autres connaissent sous un nom donné ?
Mon récit commence avec Guilhem d’Aygremont. Ce n’est qu’au terme d’une transformation profonde qu’il devient Maugis, au prix d’une véritable rupture avec son existence antérieure. Dans Les Enfants de l’Obsidienne, il déclare :
« En devenant ce que je suis, j’ai cessé d’être Guilhem. »
L’apprentissage de la magie devient alors aussi une interrogation sur l’identité, la mémoire, le libre arbitre et les relations qui nous définissent. C’est une manière personnelle de prolonger les questions que posait déjà, sous d’autres formes, la chanson médiévale.
Et plus je découvre les travaux de ceux qui m’ont précédé dans l’étude ou la réécriture de Maugis, plus une évidence s’impose : la légende est beaucoup plus vivante que je ne l’imaginais.
Il faut seulement prendre la peine de chercher ceux qui la font vivre.
Conclusion : Maugis n’a jamais réellement disparu
Huit siècles de transmission ne constituent pas une continuité parfaitement linéaire. Les chansons médiévales, les éditions imprimées, les travaux universitaires, les adaptations étrangères, les romans, les bandes dessinées et les soirées contées ne répondent ni aux mêmes intentions ni aux mêmes publics.
Il existe pourtant entre eux une parenté profonde.
Chaque époque retrouve dans Maugis quelque chose qui lui parle : le chevalier rusé, le magicien savant, l’enfant élevé par une fée, le compagnon fidèle, l’ennemi insaisissable de Charlemagne, l’ermite retiré du monde, ou encore le personnage capable de donner naissance à de nouvelles aventures.
L’histoire de sa réception est aussi celle des personnes qui la transmettent. Les philologues sauvent les textes de l’oubli. Les historiens et les spécialistes du folklore recherchent les traces des récits dans les paysages et les traditions. Les artistes leur donnent des images. Les romanciers leur prêtent de nouvelles existences. Les conteurs les rendent à la parole.
Il serait donc injuste de ne retenir que les œuvres imprimées. Une soirée contée à Bogny-sur-Meuse, un spectacle musical à Monthermé, une veillée à Sedan ou des planches exposées à Bouvignes participent tout autant à cette histoire, même si leur documentation est plus fragile que celle des éditions savantes.
Les Ardennes ont parfois la réputation de dissimuler leurs trésors sous les arbres, dans les rochers ou au fond des vallées. Il semble que Maugis ait pris cette habitude un peu trop au sérieux.
Heureusement, il se trouve encore des chercheurs, des artistes, des conteurs et quelques romanciers pour aller le débusquer.
Et quelque part, je crois que cela l’amuse beaucoup.
Sources et références bibliographiques
Textes médiévaux et éditions critiques
[1] Maugis d’Aigremont, chanson de geste du début du XIIIe siècle. ARLIMA, version en vers : Consulter ARLIMA
[2] Bibliothèque nationale de France, manuscrit français 766. ARLIMA : Consulter ARLIMA
[3] Vivien de Monbranc, éd. Ferdinand Castets, 1887 ; La Mort de Maugis, chanson de geste du XIIIe siècle. ARLIMA : Consulter ARLIMA et Consulter ARLIMA 2
[4] Madelgijs, Die schoone hystorie van Malegijs et Malagis. Répertoire ARLIMA : Consulter ARLIMA
[5] MAZZONI, Maurizio, « Maugis e Malagigi : il mago-ladro dalla Chanson de geste ai poemi cavallereschi », Schifanoia, n° 56-57, 2019, p. 23-29.
[6] Maugis d’Aigremont, version française en prose, éditions du XVIe siècle. ARLIMA : Consulter ARLIMA
[7] L’Histoire de Maugis d’Aygremont et de Vivian son frère, Troyes, Nicolas Oudot, 1668. BnF : Voir la notice BnF
[8] Bibliothèque universelle des romans, juillet 1778, première livraison, abrégé de l’histoire de Maugis.
[9] MICHELET, Jules, Histoire de France, passages consacrés aux Ardennes et à leurs légendes : Consulter la source
[10] CASTETS, Ferdinand, Maugis d’Aigremont, Montpellier, Coulet, 1893 ; VERNAY, Philippe, Maugis d’Aigremont, Berne, Francke, 1980 ; VERELST, Philippe, « L’enchanteur d’épopée », Romanica Gandensia, XVI, 1976, p. 123-161 ; AILES, Marianne J., « Deux fragments inconnus de Maugis d’Aigremont », Romania, 116, 1998, p. 415-430.
[11] FOURNIER-LANZONI, Rémi, et DEVARD, Jérôme, Maugis d’Aigremont, chanson de geste suivie de La Mort de Maugis, Paris, L’Harmattan, 2014. BnF : Voir la notice BnF
Patrimoine, folklore et transmission contemporaine
[12] La Revue des Amis de l’Ardenne, n° 75, numéro spécial consacré aux Quatre Fils Aymon, mars 2002 : Consulter la source
[13] HAUTE-POTTIER, Alexandre, « Bogny-sur-Meuse : Un sentier des poètes a été inauguré », La Semaine des Ardennes, 15 juin 2023 : Consulter la source ; Ville de Bogny-sur-Meuse, monument des Quatre Fils Aymon (1950)
[14] HAUTE-POTTIER, Alexandre, « Bogny-sur-Meuse : Une fête dédiée au cheval Bayard les 17 et 18 juin », La Semaine des Ardennes, 7 juin 2023 : Consulter la source
[15] Partons à la campagne !, saison 2022, « Bogny-sur-Meuse J4 : Légendes ardennaises et Bognysiens », reportage avec Danièle Drouin : Consulter la source
[16] BAUDOIN, Gérard, DROUIN DEGROLARD, Danielle, et TAILLEUR, Claudie, Le Trésor de la table de Maugis l’enchanteur, 2018. BnF : Voir la notice BnF
[17] Projet Forêts légendaires, bilan des actions 2021-2022 ; exposition de Danielle Drouin Degrolard : Consulter le document PDF
[18] Les Secrets de Maugis, conte musical théâtralisé, Monthermé, 16 avril 2022. Office de l’Imaginaire Ardennais : Consulter la source
[19] MÉNONCIN, Céline, et VACHEZ, Adeline, Oligo et le labyrinthe des fées, Les Mondes Sylvestres, 2019, ISBN 9782956111924 : Consulter la source
[20] Ministère de la Culture, « Le programme des Nuits de la lecture 2025 dans le Grand Est », veillée La naissance de Maugis, Sedan, 25 janvier 2025 : Consulter la source
Bandes dessinées, romans et créations contemporaines
[21] DUVIVIER DE FORTEMPS, Jean-Luc, et GOURDET, Hervé, Le Cheval et l’Épée ou Les Quatre Fils Aymon, Oriande Productions, 2010 : Consulter la source
[22] GOURDET, Hervé, Maugis : la naissance de l’enchanteur, Clea, 2016 ; Maugis : la légende de l’enchanteur, La Völva, 2017. Série graphique des Quatre Fils Aymon. BnF : Voir la notice BnF
[23] EFRATAS, Pierre, Les Chroniques de Maugis, Noir d’Absinthe, 2019. BnF : Voir la notice BnF
[24] GÉRARD, Christopher, Maugis, L’Âge d’Homme, 2005 ; réédition Pierre-Guillaume de Roux, 2020 : Consulter la source
[25] FINLEY, Joseph, The Fae Dealings, 2020 ; Hela’s Bane ; The Sorceress of Avalon et Merlin Reborn, 2026 : Consulter la source
[26] LOVATO, Yann, Les Quatre Fils Aymon. La chanson de geste, éditions Noires Terres, novembre 2022, ISBN 9782900446577 : Consulter la source
[27] HAUTE-POTTIER, Alexandre, « Bogny-sur-Meuse : Une BD sur les 4 fils Aymon pour Yann Lovato », La Semaine des Ardennes, 15 mai 2021 : Consulter la source ; « In memoriam Philippe Verelst », Bulletin bibliographique de la Société Rencesvals, n° 52, p. 17 : Consulter le document PDF 2
[28] CARON, Benoît J., Froidmont, Les Enfants de l’Obsidienne et Les Chaînes d’Argent, tomes I à III du Cycle de Maugis, 2023-2025 : Voir les ouvrages
Études complémentaires
BAUDELLE-MICHELS, Sarah, « Les morts de Maugis d’Aigremont », 2019.
BERTHELOT, Anne, « L’Autre Monde féerique comme distorsion de l’Orient dans Maugis d’Aigremont, Huon de Bordeaux et le Roman d’Auberon », 2002. ; Texte original sur Persée
MERCERON, Jacques E., « Le cheval Bayart, l’enchanteur Maugis et la fée Oriande », Nouvelle mythologie comparée, 2018.
QUÉRUEL, Danielle, « L’art des réécritures : de Maugis à Mabrien », 2000.
VERELST, Philippe, « Renaut de Montauban et textes apparentés (Maugis d’Aigremont, Vivien de Monbranc, Mabrien). Recherches récentes (1990-2006) », 2011.
Note documentaire : cet historique rassemble les principales œuvres, études et initiatives identifiées dans les sources consultées. La tradition orale contemporaine, les spectacles associatifs et les éditions de diffusion locale restent inégalement documentés. Leur recensement ne peut donc être considéré comme définitivement exhaustif.
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